Cônes d’argile en Mésopotamie, galets en Grèce, tesselles de marbre dans l’Empire romain, depuis ses origines, la mosaïque présente deux caractéristiques fondamentales : l’importance de la matière et la synthèse additive.

Chaque lieu permet l’usage de matières spécifiques, lorsque les avancées techniques permettent leur transformation. L’utilisation de matière naturelle ou artificielle, brute ou taillée, procède de la synthèse additive pour rendre la forme et la couleur. À la différence de la peinture, mélangée sur la palette, les tesselles de mosaïque n’ont d’autre choix que de se mettre côte à côte pour composer la couleur.

 

Cependant, à différentes époques, il y eut des tentatives d’utiliser la mosaïque comme substitut à la peinture, car sa résistance aux aléas du temps reste sans comparaison. Ainsi l’opus vermiculatum romain sera utilisé pour « reproduire » des peintures grecques, telle la Bataille d’Alexandre contre Darius.

Plus encore à la Renaissance, période sombre pour la mosaïque, les progrès dans la maîtrise de fabrication du verre ayant amené à créer une gamme de plusieurs milliers de couleurs, on ira jusqu’à qualifier la mosaïque de « peinture pour l’éternité ». Les tableaux ainsi réalisés imiteront  à s’y méprendre la peinture de l’époque.

Cette vision des choses perdurera encore longtemps. Ainsi, paraît au XVIIIe siècle l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert dans laquelle on trouve à l’article « mosaïque » la définition suivante : « On entend par mosaïque non seulement l’art de tailler et polir quantité de marbres précieux de différentes couleurs, mais encore celui d’en faire un choix convenable, de les assembler par petites parties de différentes formes et grandeurs sur un fond de stuc, préparé à cet effet, pour en faire des tableaux représentant des portraits, figures, animaux, histoires et paysages, des fleurs, des fruits et toute sorte de desseins imitant la peinture. »

 

Il faudra attendre le XXe siècle pour que la mosaïque s’affranchisse de la peinture, et retrouve pleinement son indépendance. Avant cela, d’autres périodes auront vu progresser notoirement l’art de la mosaïque, exploitant ses caractéristiques propres.

Parmi celles-ci, la période byzantine occupe certainement une place à part. D’abord par ses innovations : usage de l’or dans la mosaïque et maîtrise dans la production de la pâte de verre. La mosaïque passe également à la verticale, sur les murs, sur les dômes, elle exploite de nouvelles potentialités.

Les tesselles forment une surface en relief – une texture – étant inclinées les unes par rapport aux autres. En jouant sur leur reflet, on démultiplie les couleurs, donnant une impression de mouvement. Sans chercher à faire de lents dégradés, on juxtapose les tesselles pour composer la couleur ; ce sont les balbutiements de la synthèse additive.

Ironie de l’histoire, ces mosaïques inspireront plus tard les impressionnistes. La peinture, naturellement plus encline à l’usage de la synthèse soustractive, absorbant la couleur plus qu’elle ne la reflète, empruntera alors à la mosaïque.

À partir de la fin du XXe siècle, l’École des mosaïstes du Frioul à Spilimbergo, en Italie, mènera des expérimentations d’andamento (manière de disposer les tesselles entre elles) à travers, notamment, l’interprétation de tableaux impressionnistes.

Le travail présenté ici est né de cette histoire, de ces recherches.